Avouons-le : nous avons tous eu ce petit frisson la première fois. Celui de taper trois lignes de texte dans une fenêtre de chat et de voir un écran se remplir de paragraphes structurés, d’analyses financières ou de slogans percutants. C’est magique, c’est grisant, et c’est surtout le meilleur moyen de se prendre pour un virtuose sans avoir jamais touché une gamme.

Aujourd’hui, la rumeur court : on pourrait devenir DAF (Directeur Administratif et Financier) ou Rédacteur professionnel grâce à une IA générative . Plus besoin de 10 ans d’études ou d’une solide culture littéraire, un bon abonnement à 20 dollars par mois et hop ! Vous voilà aux commandes.

Vraiment ? On ne voudrait pas briser l’ambiance, mais avant de licencier votre comptable ou de jeter votre plume au bac de recyclage, discutons un peu de la différence entre « faire de la mousse » et « préparer un grand cru ».

1. L’illusion de l’omniscience (ou l’effet « j’ai lu la notice ») grâce à l’IA générative

L’IA générative est l’outil ultime de la démocratisation de la forme. Elle a lu tout Internet (le meilleur comme le pire) et possède ce talent agaçant de toujours avoir une réponse, même quand elle ne sait pas de quoi elle parle.

La forme sans le fond : le syndrome du plateau télé

Générer un bilan prévisionnel ou un article de blog grâce à une IA générative est d’une facilité déconcertante. L’IA aligne les mots avec l’assurance d’un consultant en fin de cocktail. Mais attention : elle ne manipule pas des concepts, elle prédit des suites de caractères.

C’est là que le piège se referme. En marketing comme en finance, l’IA simule le savoir. Elle vous donne l’illusion de la maîtrise, alors qu’elle ne fait que réciter une moyenne statistique. Or, personne n’a jamais bâti une stratégie gagnante en étant simplement « dans la moyenne ».

Le risque Dunning-Kruger 2.0

C’est le grand classique : plus l’outil est simple, plus on se croit expert. On génère un tableau de flux de trésorerie et on se envoie l’âme d’un banquier d’affaires. Mais saura-t-on détecter ce petit décalage de TVA qui fera bondir l’administration fiscale dans deux ans ? Probablement pas. L’IA vous donne une confiance aveugle, et en business, marcher à l’aveugle finit rarement par une standing-ovation.

2. DAF et Rédacteur : des métiers de « ref » et de nuances

Pourquoi ces deux métiers sont-ils les cibles préférées des apprentis sorciers de l’IA ? Parce qu’ils semblent automatisables grâce à’ lIA générative. Grave erreur.

Le DAF n’est pas une calculette géante

Un DAF, un vrai, ne se contente pas de faire des ajouts. Il interprète des signaux faibles, il négocie avec un banquier (qui, spoiler, est un humain avec ses propres biais) et il injecte de la stratégie là où l’IA ne voit que des chiffres. L’IA ignore que votre fournisseur principal est en difficulté ou que votre nouveau produit va révolutionner le marché. Elle n’a pas la « réf » du monde réel.

Le rédacteur n’est pas un dictionnaire de synonymes

Côté contenu, c’est la même chanson. Un rédacteur pro construit une connivence. Il utilise l’ironie, l’analogie, le décalage. Il sait quand être sobre et quand sortir les paillettes. L’IA, elle, produit du contenu tiède. Et comme le rappelle souvent Google avec ses critères EEAT , le contenu tiède finit au congélateur des résultats de recherche.

D’ailleurs, si vous lisez cet article, c’est sans doute parce qu’il ne ressemble pas à la soupe habituelle servie par les algorithmes. Coïncidence ?

3. Le Prompt Engineering : piloter un avion n’est pas savoir taper « décollage »

On nous vend le Prompting comme la nouvelle baguette magique. Grâce à l’IA générative, tout deviendrait possible. « Apprenez à bien parler à la machine et elle fera tout ».

On ne délègue bien que ce que l’on maîtrise

Le problème du prompt, c’est qu’il ne vaut que par l’expertise de celui qui l’écrit. Pour demander à une IA de rédiger un article SEO performant, vous devez connaître le balisage, la sémantique, l’intention de recherche et les subtilités du copywriting.

C’est le paradoxe de notre époque : pour utiliser efficacement l’IA, il faut être encore plus expert qu’avant. Vous devenez un rédacteur en chef ou un auditeur. Et pour corriger une copie, il faut savoir écrire. Pour valider un budget, il faut savoir compter.

L’IA, ce stagiaire (très) rapide mais (un peu) mythomane

Considérez l’IA comme un stagiaire qui aurait lu toute la bibliothèque nationale mais qui n’aurait jamais mis les pieds dans une entreprise. Il est ultra-rapide, il est plein de bonne volonté, mais il est capable de vous inventer une loi fiscale ou une citation historique avec un aplomb total. C’est ce qu’on appelle l’hallucination. Et en business, halluciner, ça coûte cher.

4. Les dangers de la « communication-clonage »

À vouloir tout faire grâce à une IA générative , on finit par ressembler à tout le monde.

Le crash de la singularité

Si tous les TPE utilisent les mêmes invites pour leurs réseaux sociaux, le web devient une immense salle d’attente grise et monotone. Ou, en communication, le péché capital, c’est l’ennui. L’audace, le ton, l’impertinence… tout ce qui fait qu’on s’attache à une marque, l’IA ne sait pas (encore) le créer sans une main humaine très ferme sur le volant.

Le mur du SEO

Google n’est pas dupe. Ses algorithmes chassent le contenu « faible », celui qui n’apporte rien de neuf. Utiliser l’IA sans supervision, c’est prendre un ticket pour la 50ème page de résultats. Vous gagnez 2 heures de rédaction, mais vous perdez 100% de votre audience. Le calcul est vite fait.

En résumé, l’IA est un turbo, pas le pilote

Alors, peut-on devenir DAF ou rédacteur grâce à une IA générative ? Non, pas plus qu’on ne devient chirurgien en jouant à l’Opération.

L’IA est une révolution fantastique qui, entre les mains d’un professionnel, permet de déplacer des montagnes. Elle libère du temps, elle aide à brainstormer, elle automatise le pénible. Mais elle ne remplace jamais le jugement, l’éthique et cette petite étincelle créative qui fait qu’un texte touche sa cible ou qu’une décision financière sauve une boîte.

L’expertise reste votre meilleur actif. L’IA n’est que son multiplicateur.

Et si on discutait de la manière dont une vraie expertise (humaine, promise) peut propulser votre communication numérique bien plus loin qu’un simple copieur-coller de ChatGPT ?

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